Claire Jenny édifie la démarche artistique de la compagnie Point Virgule dédiée à la création et à la transmission de l’art de la danse depuis 1998. En perpétuelle recherche et imprégnée par diverses coopérations avec des scientifiques et des créateurs d’autres langages artistiques, la compagnie s’ouvre à de nouveaux horizons. Claire Jenny déploie un questionnement sensible sur le devenir des êtres au travers du mouvement quels que soient les contextes de ses projets. Personne-ressource pour l’Éducation Artistique et Culturelle et reconnue pour son expertise dans la conception et la réalisation de créations partagées en milieu carcéral, les allers-retours permanents entre ses projets professionnels et les accompagnements artistiques des publics fondent sa démarche artistique. Reconnue par un large réseau de scènes dédiées à l’enfance depuis sa première pièce jeune public Touche à tout (1999), elle accompagne l’équipe des fidèles interprètes et collaborateurs artistiques de la compagnie Point Virgule dans de nombreuses tournées (plus de 600 représentations à ce jour). Avide de projets protéiformes, elle conçoit aussi des pièces pour le tout public.
Depuis la création de l’installation vidéo danse comportementale Effigies (2011), elle mène une recherche sur les impacts d’un monde aujourd’hui peuplé d’écrans et de virtualités. Elle questionne les notions d’image, entre vécus intimes, édifications de soi et représentations. Ainsi, elle crée Écho en 2015, une pièce tout public qui joue avec les images, les miroirs et les réseaux pour relancer l’espoir d’une partition humaine déchiffrable par tous·tes, puis T’es qui toi ? (2019) et À nous deux (2020), deux duos pour le très jeune public qui mettent en lumière différents aspects du développement de l’enfant : entre perceptions sensibles et reflets de soi, premières découvertes et ajustements à l’Autre. Claire Jenny crée (Echo+Effigies)² en 2021, une hybridation de deux pièces au répertoire, autant spectacle que déambulation, où les spectateurs interagissent avec les différentes installations et Entre en 2023 née d'une démarche de création en immersion en partie partagée avec des adolescents dans divers contextes. Cette dernière création questionne les phénomènes relationnels entre réel et virtuel, entre les jeunes et les adultes qui les accompagnent dans leur processus d'individuation.
Une problématique liée nourrie ses projets : les phénomènes du dialogisme. Ou comment rejouer le format, les adresses et le sens de l’oeuvre ? Ainsi Tiens-toi droit !!! (2013) est nourrie de l’expérience de résidences d’artistes en milieu scolaire menées au sein de différentes écoles élémentaires, un questionnement sur le vécu du corps de l’enfant aujourd’hui dans le contexte de l’école et au-delà. Et les actes dansés de Perspectives (2017) mettent en oeuvre une écriture chorégraphique et musicale inédites, chaque fois réitérées, impulsées par la rencontre avec un groupe de personnes et l’activité qu’ils pratiquent.
Enfin, Claire Jenny poursuit sa démarche de création partagée avec des personnes détenues, initiée en 1995. Après de nombreux projets menés dans différentes détentions en France et au Québec, elle co-écrit le livre « Chairs incarcérées : une exploration de la danse en prison » avec la criminologue ontarienne Sylvie Frigon (2009). Depuis 2018, elle mène des projets de création partagée mêlant des personnes détenues (hommes et femmes) du Centre Pénitentiaire Sud Francilien de Réau (77) et des artistes professionnels. En 2021, elle collabore avec la créatrice d’images Ludivine Large-Bessette et Sylvie Frigon pour la création de Respirations / Histoires digitales, quatre vignettes mettant en lumière l’intensité des expériences humaines et artistiques éprouvées au cours du processus de création partagée Respirations (2019). Récemment, naît Ici et là (2023) et Ici et là, suites (2024), deux pièces chorégraphiques qui déploient un dialogue entre des séquences dansées en live au plateau et filmées au sein de divers environnements, paysages. Ces créations développent des perceptions d’espaces/temps contrastés voire paradoxaux ; ceux des lieux de réclusion d’une détention et ceux d’espaces naturels notoires.